Kent Monkman. Écrire l’histoire des vaincus en Louboutin et mini-pagne à franges

Kent Monkman - Miss Chief's Wet Dream, 2018

Kent Monkman – Miss Chief’s Wet Dream, 2018 (détail) Photo : Joseph Hartman

Dans un os de baleine poli par le Saint-Laurent, un oiseau sculpté prend son envol. Plus loin, un ours danse tout seul… Kent Monkman, artiste canadien d’origine amérindienne, a emprunté dix figures animales au Musée des Confluences à Lyon pour les faire trôner au cœur de l’exposition intitulée La Belle et la Bête / The Beauty and The Beasts. Avec ces objets représentant des animaux désormais privés des pouvoirs qui leurs étaient conférés par les sociétés autochtones, l’artiste interroge les relations entre les animaux et les hommes, mais aussi la notion d’appropriation culturelle.

Le travail de Monkman est indissociable du personnage de Miss Chief Eagle Testickle, son alter ego queer. Chaussée de Louboutin, mini-pagne en daim et brassière en résille d’attrapes-rêve, la fascinante Miss Chief est un « bardache » : un homme qui s’habille en femme. Les amérindiens leurs reconnaissent un lien privilégié avec la nature et les animaux. Qu’elle rêve avec délice de Minotaure ou que, telle Ganymède, elle se fasse enlever par un aigle évoquant l’oiseau emblématique des Etats-Unis, la Belle réinvente un rapport humain aux animaux qui aujourd’hui a disparu avec les cultures autochtones, et dont reliques et reliquats sont exhibés dans nos musées.

Contre une telle dynamique, l’artiste propose à travers toute l’exposition une esthétique du dialogue artistique. Ainsi, dans les plaines à bisons où les brins d’herbe se couchent un à un sous le vent, et l’éclat des rivières de diamant luxueuses de Miss Chief, il se livre à un pastiche technique formidable des représentations picturales du « Nouveau Monde » que l’on trouve chez Albert Bierstadt et George Catlin, et qui ont participé de l’écriture de l’histoire de la colonisation. Dans la même veine, quoique plus drolatique, Monkman a épousé récemment le couturier Jean-Paul Gauthier : la cérémonie d’alliance entre les deux créateurs, performance artistique inouïe, a donné lieu à une captation vidéo intitulée « Une autre plume à sa coiffe ».

Une exposition gratuite au Centre Culturel Canadien, jusqu’au 5 septembre.